← Le portail Chiourim BA

בראשית
Que disent nos maîtres ?

Berechit

Pourquoi D.ieu crée et laisse un monde voilé de Sa présence et inachevé ?
Chabbat 10 octobre 2026 · Berechit 1,1 - 6,8

Feuille à imprimer (PDF) Chiourims à imprimer, hébreu-français (PDF)

Introduction

Le deuxième verset de la Torah décrit une terre « tohou va-vohou » remplie de ténèbres sur la face de l'abîme (Berechit 1,2). Or D.ieu crée le monde par la parole : un mot suffit pour que la lumière soit. Pourquoi commencer alors par un monde informe et obscur ? Et pourquoi, la lumière une fois créée, doit-elle être mise à part et, selon Rachi, cachée pour les justes (Berechit 1,4), au lieu d'être donnée en entier ?

Six maîtres, du Ram'hal à l'Admour Hazaken, répondent à cette question. Retrouvez ci-dessous une synthèse de leurs réponses, et leurs chiourims sur textes en hébreu et en français, dans l'application Chiourims Torah.

Ce qu'ils disent

Daat Tevounot · Rabbi Moché 'Haïm Luzzatto, le Ram'hal

Un monde voilé, un dessein de réparation

Dans le Daat Tevounot, le Ram'hal fait dialoguer l'âme et l'intellect. L'âme cherche à comprendre clairement certains des treize principes de la foi du Rambam, ceux qui touchent au verset « tu ramèneras à ton cœur que Hachem est l'Elokim » (Devarim 4,39) ; elle interroge, et l'intellect lui répond. Ici, l'âme pose une objection. Si D.ieu conduit le monde par la bonté (Hachem), tout devrait être bon : d'où vient alors le mal ? Et s'Il le conduit par le jugement (Elokim), comment dire que Son jugement est caché, puisque tout le mal du monde vient justement de Sa rigueur ? Tout ce qui existe de bien et de mal en ce monde, répond l'intellect, a une seule racine, car D.ieu a caché la face de Sa bonté, selon le verset « Il a fait des ténèbres Sa retraite » (Tehilim 18,12). Cette occultation laisse une place au mal, et elle ouvre deux voies. Dans la première, le mal se renforce et domine sans que le jugement de D.ieu ne se lève contre lui ; les fautes ne sont pas effacées, le monde paraît rejeté, et c'est alors l’état que le Ram'hal nomme avec les mots du deuxième verset, tohou va-vohou (Berechit 1,2), qui règne. Dans la seconde voie, qui naît elle aussi de l'occultation, D.ieu conduit le monde selon un jugement droit, et ce jugement nettoie le monde du mal par les châtiments. Car tant que n'est pas venu le temps futur où D.ieu, par Sa souveraineté, effacera les fautes, il n'y a pas d'autre voie pour purifier le monde que la droiture du jugement.

Or le Ram'hal pose un grand principe : D.ieu ne méprise jamais l'œuvre de Ses mains et ne délaisse pas le monde. Au moment même où le monde semble abandonné, Il y fait naître un bienfait nouveau, et Ses pensées visent toujours le tikoun (la réparation) du monde, jamais sa corruption. Seulement, Il cache Son dessein sous une très grande occultation, et pendant ce temps les hommes subissent les châtiments de leurs fautes. Ainsi Yaakov s'écrie « pourquoi m'avez-vous fait ce mal ? » (Berechit 43,6), alors que D.ieu est justement en train de conduire les événements pour faire régner Yossef en Égypte et rendre à Yaakov la tranquillité (Berechit Rabba 91,10). Le dessein de D.ieu lui était caché, et Yaakov, lui, en portait la peine.

Le Ram'hal en tire une règle qui vaut pour chaque homme comme pour le monde entier : tout bien que D.ieu veut donner se prépare dans un dessein caché, et une peine le précède. C'est le sens, dit-il, de l'enseignement de la Guemara (Bera'hot 5a) : les trois bons dons faits à Israël (la Torah, la terre d'Israël et le monde futur) ne lui ont été donnés que par les souffrances. On peut lire de la même façon le voile qui couvre le commencement du monde.

Lire la source complète, en hébreu et en français →

Mais alors, qu'attend D.ieu de l'homme, tant que le monde reste ainsi voilé ? Analysons la réponse du Noam Elimele'h à cette question.

Noam Elimele'h · Rabbi Elimele'h de Lizensk

La lumière gardée pour les justes

Le Noam Elimele'h, en s'appuyant sur les écrits du Ari Z"L, explique quel est le dessein caché derrière ce voile, à partir du même verset : « Et le souffle d'Elokim planait (merahefet) » (Berechit 1,2). Le mot merahefet contient les lettres de rapha"h met, « 288 mortes » : c'est une allusion aux 288 étincelles tombées lors de la brisure des kelim (les récipients), et notre travail consiste à les relever. Deux versets plus loin, « et Elokim vit la lumière, qu'elle est bonne » (Berechit 1,4) pose une difficulté. Faudrait-il comprendre que D.ieu n'a su que la lumière était bonne qu'après l'avoir vue ? À D.ieu ne plaise de penser ainsi.

Car ce que le Créateur dit par Sa parole s'accomplit parfaitement, et n'a plus besoin d'aucun tikoun (réparation). Si, au moment où les 288 étincelles sont tombées, D.ieu avait dit « que la lumière soit », la lumière serait aussitôt revenue à son état premier, celui d'avant la brisure, et le tsadik n'aurait plus eu aucun service à accomplir. Or D.ieu désire précisément le service, la avoda, des tsadikim : Il veut que ce soient eux qui élèvent ces étincelles. Mais si D.ieu n'avait rien fait du tout, les tsadikim n'en auraient pas eu la force, selon l'enseignement de nos maîtres : « si le Saint béni soit-Il ne l'aidait pas, il n'en viendrait pas à bout » (Kidouchin 30b). C'est pourquoi, dans Sa grande miséricorde, D.ieu a posé Son regard sur cette lumière, c'est-à-dire sur ces étincelles, et par ce regard Il a donné au tsadik une aide. Ainsi le mot « bonne » (ki tov) désigne le tsadik, qui est appelé « bon », et nos maîtres enseignent que D.ieu « la mit en réserve pour les tsadikim pour le temps à venir » ('Haguiga 12a). Quant aux ténèbres, elles désignent ce que le tsadik doit encore réparer : tant qu'une chose n'a pas reçu son tikoun, elle s'appelle ténèbres, et c'est elle que D.ieu a appelée nuit.

Le même verset annonce aussi la fin de ce travail. Les mots « Et il fut soir » (vayehi erev) font allusion à la venue du Machia'h : la nuit deviendra alors erev, au sens de douceur (arev), et s'accomplira le verset « au temps du soir il y aura de la lumière » (Zeka'haria 14,7) ; tout sera réparé et reviendra à l'unité d'avant la brisure. Et « il fut matin, jour un » signifie que la nuit elle aussi deviendra jour, et que tout sera un.

Lire la source complète, en hébreu et en français →

Chez le Noam Elimele'h, ce sont les tsadikim qui relèvent les étincelles. Rabbi Na'hman, lui, retrouve le tohou va-vohou en chaque homme. Approfondissons son enseignement.

Likouté Moharan · Rabbi Na'hman de Breslev

Le monde reste vide tant que manque le daat

Celui qui a un peu de connaissance de D.ieu sait, écrit Rabbi Na'hman, que l'essentiel de Son plaisir est que nous, depuis ce monde d'en bas, magnifiions et sanctifiions Son Nom. Les anges et les mondes supérieurs Le servent aussi, et pourtant Son plaisir essentiel vient du service qui monte de ce monde d'en bas. Or celui qui n'a pas de daat (la connaissance de D.ieu) n'est pas du tout considéré comme un homme. Tant que le daat n'éclaire pas les hommes, tant qu'ils ne connaissent pas et ne ressentent pas Sa divinité, le monde est considéré comme tohou va-vohou, informe et vide (Berechit 1,2). C'est le sens du verset « Il ne l'a pas créée pour le vide, Il l'a formée pour être habitée » (Yechaya 45,18) : habitée par des hommes qui ont le daat.

Rabbi Na'hman lit de la même façon l'ordre « remplissez la terre » (Berechit 1,28) : chacun doit s'occuper de peupler le monde, et de le peupler d'hommes qui ont le daat. Il explique comment : en parlant de crainte du Ciel avec les autres hommes, pour faire entrer le daat en eux, et tout homme en est capable. Lorsque deux personnes parlent ensemble de crainte du Ciel et que l'une éclaire l'autre par une parole, le compagnon devient pour elle un disciple ; et parfois les rôles s'inversent, quand c'est le premier qui reçoit à son tour une parole de son compagnon. Car le fils et le disciple sont une même chose : celui qui enseigne la Torah au fils de son compagnon, c'est comme s'il l'avait fait, nous enseignent nos Sages dans Sanhédrin 99b, puisqu'il a fait de lui un homme. C'est pourquoi chacun doit laisser après lui un fils ou un disciple, afin que son daat demeure en bas et continue d'éclairer ce monde : c'est comme s'il était lui-même resté dans le monde.

Celui qui enseigne y gagne lui aussi, ajoute Rabbi Na'hman. Ce que l'homme comprend par son intellect est en lui (penimi, intérieur) ; ce qu'il ne peut pas comprendre entoure son intellect (makif, englobant). Quand il parle avec les autres et fait entrer en eux son daat, son intellect se vide du daat qu'il avait, et le makif peut alors entrer à l'intérieur : il comprend ce qu'il ne pouvait pas comprendre auparavant. Ainsi le monde se remplit à partir d'en bas, une personne après l'autre.

Lire la source complète, en hébreu et en français →

Mais pourquoi D.ieu a-t-Il laissé ce vide dans le monde ? Pour le Beit Yaakov, ce manque a été laissé volontairement. Approfondissons son enseignement.

Beit Yaakov · Rabbi Yaakov Leiner d'Izbica

Un manque laissé pour le service de l'homme

Le Beit Yaakov remonte pour cela au tout premier verset : « Au commencement, Elokim créa les cieux et la terre » (Berechit 1,1). Il explique pourquoi la Torah commence par l'œuvre de la création (maassé Berechit). L'homme a été créé avant tout pour recevoir les paroles de la Torah et compléter son manque en ce monde ; la Torah aurait donc dû commencer par la création de l'homme. Si elle commence par l'œuvre de la création, c'est pour montrer que l'homme doit apporter un tikoun (une réparation) même à ce que D.ieu a fait avant qu'il existe. Il ne lui suffit pas de réparer ce qui vient après sa propre création : dès le commencement, D.ieu a laissé un manque dans la création, afin que l'homme le complète par son service (avoda).

Le Zohar (Kora'h 178b) l'enseigne à propos du Lévi : « et il est le Lévi qui sert » ; le Lévi a complété le côté gauche, il a comblé la brèche du monde, et même le côté nord, resté incomplet lorsque D.ieu créa le monde, le Lévi l'a comblé en portant l'arche. Ainsi l'homme doit réparer même là où son savoir n'atteint pas du tout. De même, dit le Beit Yaakov, le Miséricordieux exempte celui qui a agi sous la contrainte (ones) ; celui qui a fauté par inadvertance (chogueg) n'est pas plus fautif que lui, et pourtant il doit apporter une expiation (kappara). Car même pour ce qu'il a fait sans le savoir, l'homme a besoin de se clarifier.

Si l'homme se clarifie aussi bien dans le « lève-toi et fais » (l'action) que dans le « reste assis et n'agis pas » (l'abstention), alors toute la création s'adoucira, car il craindra D.ieu même sans le savoir. La brèche laissée au commencement demande donc à l'homme un service qui va au-delà de ce qu'il sait de lui-même.

Lire la source complète, en hébreu et en français →

Mais pourquoi D.ieu a-t-Il voulu un monde qui ait besoin de ce service ? Analysons la réponse du Sfat Emet à cette question.

Sfat Emet · Rabbi Yehouda Aryé Leib Alter de Gour

Un monde inachevé pour donner une récompense

Le Sfat Emet trouve la réponse dans le verset qui clôt la création : « Vaye'houlou », « les cieux et la terre furent achevés » (Berechit 2,1). Sur ce verset, le Midrach enseigne qu'ils devinrent des kelim (des réceptacles). Le Sfat Emet y voit trois étapes : le général (klal), puis le détail (prat), puis de nouveau le général. À propos du général, les Sages demandent : le monde n'aurait-il pas pu être créé d'une seule parole ? Car le mot « Berechit », au commencement, est déjà une parole, et cette parole est la racine de tout, de la Torah comme d'Israël. Ils répondent (Avot 5,1) que le monde a été créé par dix paroles « afin de faire rendre compte et de donner récompense ». Car dans le détail, certaines choses ont besoin d'un tikoun (une réparation). Or les justes ramènent tous les détails à l'unité, et ce général-là, qui se reconstruit à partir du détail, est plus cher devant D.ieu que le premier. C'est à ce propos que les Sages enseignent : « Meilleure est une heure de techouva et de bonnes actions en ce monde-ci que toute la vie du monde à venir » (Avot 4,17).

Le Sfat Emet revient ailleurs sur cette idée à partir du mot olam, « le monde », qu'il rattache à hé'elem, « l'occultation ». En haut, les anges et les serafim sont tous saints ; mais D.ieu a créé ce monde-ci de telle sorte qu'un point unique s'élève du milieu de l'occultation, et ce point fait monter devant Lui une grâce plus grande. En ce monde, rien ne peut être réparé entièrement : on élève seulement le commencement (réchit) de chaque chose, et par lui une sainteté et une bénédiction demeurent dans tout le reste. C'est ainsi qu'il lit le mot « Berechit » : pour le réchit, c'est-à-dire pour Israël, appelé « prémices de Sa récolte » (Yirmiya 2,3).

Cette montée se retrouve en chaque Juif comme dans la création entière. Une fois le corps réparé, l'homme reçoit l'âme (nechama) ; puis, selon la réparation de ses actes, il mérite l'âme supplémentaire (nechama yetera). Il en va de même pour la création dans son ensemble : d'abord les cieux et la terre, puis l'homme, qui est l'âme de la création, puis, quand l'unité fut faite, le Chabbat, qui est l'âme de l'ensemble. Il en sera de même dans le futur, « un jour qui sera tout entier Chabbat ». Mais rien n'atteint sa perfection tant que le nom d'Amalek n'est pas effacé.

Lire la source complète, en hébreu et en français →

Chez le Sfat Emet, c'est le détail ramené à l'unité qui rend le monde plus cher devant D.ieu. L'Admour Hazaken, lui, montre que le voile lui-même fait remonter la lumière plus haut. Approfondissons son enseignement.

Torah Or · Rabbi Chnéour Zalman de Liadi, l'Admour Hazaken

Un voile qui renvoie la lumière

L'Admour Hazaken explique « il n'est pas bon que l'homme soit seul » (Berechit 2,18) à partir du verset « Car Hachem Elokim est soleil et bouclier » (Tehilim 84,12). Le nom Hachem désigne la lumière qui s'épanche et fait venir les mondes à l'existence. Mais si cette lumière se dévoilait telle qu'elle est, aucune créature ne pourrait exister comme un être séparé, un yech (l'être, le moi) : toutes seraient dans un état de bitoul (effacement de soi) complet, comme devant Lui, où tout est considéré comme néant. C'est pourquoi D.ieu a fait au nom Hachem un bouclier et un fourreau, le nom Elokim, qui voile et cache la force de la lumière par les tsimtsoumim (les retraits). Ce nom s'appelle aussi Chekhina, du verset « Je résiderai au milieu d'eux » (Chemot 25,8), car c'est par lui que D.ieu se revêt dans les créatures. Le but de cette descente à travers des voiles, explique-t-il, est qu'il y ait un yech et que ce yech s'efface devant D.ieu : c'est précisément cela qu'Il désire.

Pour faire comprendre ce voile, l'Admour Hazaken prend l'exemple du miroir. Le verre est recouvert d'un fin enduit d'argent qui arrête le regard ; et c'est justement cet arrêt qui renvoie la lumière, si bien que l'on voit ce qui se trouve derrière soi, ce qu'on ne verrait pas sans l'enduit. Si l'enduit est épais et obscur, en revanche, on ne voit plus rien. De même, le tsimtsoum du nom Elokim produit une lumière en retour, qui remonte très haut, au-delà de la lumière qui s'épanche du nom Hachem, selon le verset « une femme vaillante est la couronne de son mari » (Michlé 12,4). Il lit ainsi « il n'est pas bon que l'homme soit seul ; Je lui ferai une aide face à lui » (Berechit 2,18) : si tout venait d'en haut de manière dévoilée, tout serait effacé devant Lui ; l'aide vient précisément de ce qui s'oppose à la lumière, ce voile d'où naissent le corps et l'âme animale (nefech habehemit), car c'est de lui que sort ensuite une lumière en retour très haute.

Après la faute d'Adam, ce voile est devenu plus grossier, sans cesser d'être un enduit d'où peut remonter la lumière : ce sont les « tuniques de peau » (Berechit 3,21), peau ('or) écrit avec un ayin. Le service de D.ieu, la avoda, est alors comparé au tannage des peaux (ibboud) : est appelé serviteur d'Elokim celui qui répare la dissimulation de cette peau, « afin que l'obscurité soit transformée en lumière ». Même sans la faute, ajoute-t-il, l'aide venue de ce « face à lui » aurait eu sa place, mais le voile aurait été plus fin.

Lire la source complète, en hébreu et en français →

Synthèse

D.ieu aurait pu donner dès le départ un monde achevé et tout éclairé. Il a pourtant laissé une part cachée, la bonté voilée dont parle le Ram'hal et la lumière mise en réserve dont parle le Noam Elimele'h, afin, dit ce dernier, que les tsadikim aient une œuvre à accomplir. Rabbi Na'hman voit cette œuvre dans le daat que l'on fait entrer chez son prochain. Pour le Beit Yaakov, elle consiste à combler le manque laissé dès le commencement, et pour le Sfat Emet, à ramener les détails à l'unité, d'où vient la récompense. L'Admour Hazaken explique pourquoi ce voile est voulu : sans lui, aucune créature ne pourrait exister, et c'est de lui que remonte une lumière plus haute que la première. Ainsi le tohou va-vohou du deuxième verset montre la place de l'homme dans la création : c'est son service qui complète ce qui manque au monde.

Avodat Hachem

Le Noam Elimele'h résume l'essentiel : D.ieu « désire précisément le service des tsadikim ». Concrètement, Rabbi Na'hman demande de parler de crainte du Ciel avec les autres hommes, pour faire entrer le daat en eux ; c'est ainsi que s'accomplit « remplissez la terre ». Selon le Beit Yaakov, il faut se clarifier aussi là où l'on n'a pas conscience d'avoir fauté, dans ce que l'on fait comme dans ce que l'on s'abstient de faire. Le Sfat Emet rappelle la valeur d'« une heure de techouva et de bonnes actions en ce monde-ci » (Avot 4,17), et celle du Chabbat, qui ramène chaque chose à sa racine. L'Admour Hazaken appelle « serviteur d'Elokim » celui qui répare la dissimulation, « afin que l'obscurité soit transformée en lumière ». On peut commencer sans attendre : sans l'aide de D.ieu, personne n'en viendrait à bout, nous enseignent nos Sages dans Kidouchin 30b, mais cette aide, explique le Noam Elimele'h, est déjà donnée par le regard que D.ieu a posé sur la lumière.

Ouverture messianique

Le Midrach Berechit Rabba (2,4) lit le même verset que le Noam Elimele'h : « et l'esprit d'Elokim planait », c'est l'esprit du roi Machia'h, sur qui « reposera l'esprit de Hachem » (Yechaya 11,2). Par quel mérite le Machia'h viendra-t-il ? Le verset poursuit : « Il planait sur la face des eaux », c'est-à-dire par le mérite de la techouva, qui est comparée à l'eau (Eikha 2,19). L'esprit du Machia'h plane donc déjà sur le tohou du commencement, et sa venue dépend de l'homme. Alors, dit le Noam Elimele'h, tout reviendra à l'unité d'avant la brisure, et s'accomplira le verset « au temps du soir il y aura de la lumière » (Zeka'haria 14,7). Ce que D.ieu a laissé inachevé s'achève donc à partir d'en bas, par la techouva et par le daat, jusqu'à ce que la nuit elle aussi devienne jour.